19 mai 2009
IMPATIENCE..11

IMPATIENCE
Je me jetai dans ses bras en pleurant, et
longtemps elle sentit couler mes larmes
chaudes sur son épaule, avant que ma douleur
me laissât parler :
« Hélas ! je ne suis qu'une enfant ; les
jeunes hommes ne me regardent pas. Quand
aurai-je comme toi des seins de jeune fille
qui gonflent la robe et tentent le baiser ?
« Nul n'a les yeux curieux si ma tunique
glisse ; nul ne ramasse une fleur qui tombe
de mes cheveux ; nul ne dit qu'il me tuera si
ma bouche se donne à un autre. »
Elle m'a répondu tendrement : « Bilitis,
petite vierge, tu cries comme une chatte à
la lune et tu t'agites sans raison. Les filles
les plus impatientes ne sont pas les plus tôt
choisies. »

13 août 2008
Les Chansons de Bilitis.."Les Fleurs"..10
Anna Art
LES FLEURS
Nymphes des bois et des fontaines, Amies
bienfaisantes, je suis là. Ne vous cachez pas,
mais venez m'aider car je suis fort en peine
de tant de fleurs cueillies.
Je veux choisir dans toute la forêt une
pauvre hamadryade aux bras levés, et dans
ses cheveux couleur de feuilles je piquerai
ma plus lourde rose.
Voyez : j'en ai tant pris aux champs que
je ne pourrai les rapporter si vous ne m'en
faites un bouquet. Si vous refusez, prenez
garde :
Celle de vous qui a les cheveux orangés je
l'ai vue hier saillie comme une bête par le
satyre Lamprosathès, et je dénoncerai
l'impudique.
08 octobre 2007
Les Chansons de Bilitis.....8
La Pluie...8
La pluie fine a mouillé toutes choses, très
doucement, et en silence. Il pleut encore un
peu. Je vais sortir sous les arbres. Pieds
nus, pour ne pas tacher mes chaussures.
La pluie au printemps est délicieuse. Les
branches chargées de fleurs mouillées ont un
parfum qui m'étourdit. On voit briller au
soleil la peau délicate des écorces.
Hélas ! que de fleurs sur la terre ! Ayez
pitié des fleurs tombées. Il ne faut pas les
balayer et les mêler dans la boue ; mais les
conserver aux abeilles.
Les scarabées et les limaces traversent le
chemin entre les flaques d'eau ; je ne veux
pas marcher sur eux, ni effrayer ce lézard
doré qui s'étire et cligne des paupières.
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22 juillet 2007
LES CHANSONS de BILITIS....LE REVEIL..7.
Il fait déjà grand jour. Je devrais être
levée. Mais le sommeil du matin est doux et
la chaleur du lit me retient blottie. Je
veux rester couchée encore.
Tout à l'heure j'irai dans l'étable. Je
donnerai aux chèvres de l'herbe et des
fleurs, et l'outre d'eau fraîche tirée du
puits, où je boirai en même temps qu'elles.
Puis je les attacherai au poteau pour traire
leurs douces mamelles tièdes ; et si les
chevreaux n'en sont pas jaloux, je sucerai
avec eux les tettes assouplies.
Amaltheia n'a-t-elle pas nourri Dzeus ?
J'irai donc. Mais pas encore. Le soleil
s'est levé trop tôt et ma mère n'est pas
éveillée.
19 février 2007
"CHANSONS de BILITIS
6 – CHANSON
« Torti-tortue, que fais-tu là au milieu ? – Je dévide la laine et le fil de Milet. – Hélas Hélas ! Que ne viens-tu danser ? – J'ai beaucoup de chagrin. J'ai beaucoup de chagrin.
– Torti-tortue, que fais-tu là au milieu ? – Je taille un roseau pour la flûte funèbre. – Hélas ! Hélas ! Qu'est-il arrivé ! – Je ne le dirai pas. Je ne le dirai pas.
– Torti-tortue, que fais-tu là au milieu ? – Je presse les olives pour l'huile de la stèle. – Hélas ! Hélas ! Et qui donc est mort ? – Peux-tu le demander ? Peux-tu le demander ?
– Torti-tortue, que fais-tu là au milieu ? – Il est tombé dans la mer… – Hélas ! Hélas ! et comment cela ? – Du haut des chevaux blancs. Du haut des chevaux blancs. »
Comme j'étais assise le soir devant la porte de la maison, un jeune homme est venu à passer. Il m'a regardée, j'ai tourné la tête. Il m'a parlé, je n'ai pas répondu.
Il a voulu m'approcher. J'ai pris une faulx contre le mur et je lui aurais fendu la joue s'il avait avancé d'un pas.
Alors reculant un peu, il se mit à sourire et souffla vers moi dans sa main, disant. « Reçois le baiser. » Et j'ai crié et j'ai pleuré. Tant, que ma mère est accourue.
Inquiète, croyant que j'avais été piquée par un scorpion. Je pleurais : « Il m'a embrassée. » Ma mère aussi m'a embrassée et m'a emportée dans ses bras.
16 septembre 2006
LES CHANSONS de BILITIS..Les pieds nus...
W.Girotto
4 – LES PIEDS NUS
J'ai les cheveux noirs, le long de mon dos, et une petite calotte ronde. Ma chemise est de laine blanche. Mes jambes fermes brunissent au soleil.
Si j'habitais la ville, j'aurais des bijoux d'or, et des chemises dorées et des souliers d'argent… Je regarde mes pieds nus, dans leurs souliers de poussière.
Psophis ! viens ici, petite pauvre ! porte-moi jusqu'aux sources, lave mes pieds dans tes mains et presse des olives avec des violettes pour les parfumer sur les fleurs.
Tu seras aujourd'hui mon esclave ; tu me suivras et tu me serviras, et à la fin de la journée je te donnerai, pour ta mère, des lentilles du jardin de la mienne.
– LE VIEILLARD ET LES NYMPHES
Un vieillard aveugle habite la montagne. Pour avoir regardé les nymphes, ses yeux sont morts, voilà longtemps. Et depuis, son bonheur est un souvenir lointain.
« Oui, je les ai vues, m'a-t-il dit. Helopsychria, Limnanthis ; elles étaient debout, près du bord, dans l'étang vert de Physos. L'eau brillait plus haut que leurs genoux.
« Leurs nuques se penchaient sous les cheveux longs. Leurs ongles étaient minces comme des ailes de cigales. Leurs mamelons étaient creux comme des calices de jacinthes.
« Elles promenaient leurs doigts sur l'eau et tiraient de la vase invisible les nénufars à longue tige. Autour de leurs cuisses séparées, des cercles lents s'élargissaient… »
à suivre
10 juin 2006
LES CHANSONS DE BILITIS.....3
PAROLES MATERNELLES
Ma mère me baigne dans l'obscurité, elle m'habille au grand soleil et me coiffe dans la lumière ; mais si je sors au clair de lune, elle serre ma ceinture et fait un double nœud.
Elle me dit : « Joue avec les vierges, danse avec les petits enfants ; ne regarde pas par la fenêtre ; fuis la parole des jeunes hommes et redoute le conseil des veuves.
« Un soir, quelqu'un, comme pour toutes, te viendra prendre sur le seuil au milieu d'un grand cortège de tympanons sonores et de flûtes amoureuses.
« Ce soir-là, quand tu t'en iras, Bilitô, tu me laisseras trois gourdes de fiel : une pour le matin, une pour le midi, et la troisième, la plus amère, la troisième pour les jours de fête. »
a suivre
27 avril 2006
CHANT PASTORAL.....BILITIS 2
2 CHANT PASTORAL......BILITIS
Il faut chanter un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d'été. Je garde mon troupeau et Sélénis le sien, à l'ombre ronde d'un olivier qui tremble.
Sélénis est couchée sur le pré. Elle se lève et court, ou cherche des cigales, ou cueille des fleurs avec des herbes, ou lave son visage dans l'eau fraîche du ruisseau.
Moi, j'arrache la laine au dos blond des moutons pour en garnir ma quenouille, et je file. Les heures sont lentes. Un aigle passe dans le ciel.
L'ombre tourne : changeons de place la corbeille de figues et la jarre de lait. Il faut chanter un chant pastoral, invoquer Pan, dieu du vent d'été.
10 avril 2006
L'ARBRE...1 BILITIS

1 L'ARBRE.....BILITIS
Je me suis dévêtue pour monter à un arbre ;
mes cuisses nues embrassaient l'écorce lisse et humide ;
mes sandales marchaient sur les branches.
Tout en haut, mais encore sous les feuilles
et à l'ombre de la chaleur,
je me suis mise à cheval sur une fourche écartée
en balançant mes pieds dans le vide.
Il avait plu.
Des gouttes d'eau tombaient et coulaient sur ma peau.
Mes mains étaient tachées de mousse,
et mes orteils étaient rouges, à cause des fleurs écrasées.
Je sentais le bel arbre vivre quand le vent passait au travers ;
alors je serrais mes jambes davantage et
j'appliquais mes lèvres ouvertes
sur la nuque chevelue d'un rameau.
30 mars 2006
BILITIS ...(Pierre Louÿs)
BILITIS
Une femme s'enveloppe de laine blanche .
Une autre se vêt de soie et d'or .
Une autre se couvre de fleurs , de feuilles et de raisins .
Moi je ne saurais vivre que nue .
Mon amant , prends moi comme je suis :
sans bijoux ni sandales ,
voici BILITIS toute seule .
Mes cheveux sont noirs de leur noir et mes lèvres rouges de leur rouge .
Mes boucles flottent autour de moi libres et rondes comme des plumes .
Prends moi telle que ma mère m'a faite dans une nuit d'amour lointaine ,
et si je te plais ainsi , n'oublis pas de me le dire .
Ainsi parle BILITIS



























